Que sont les produits phytosanitaires ?

Le terme générique “produit phytosanitaire” regroupe un ensemble de substances chimiques ou non permettant de lutter contre les organismes nuisibles, de garantir certains processus vitaux des végétaux et d’éviter la propagation/croissance des végétaux indésirables. Ces substances ont une action biocide, c’est-à-dire qu’elles vont tuer les organismes contre lesquels elles servent à lutter. Ainsi, dans cette grande famille, on retrouve les insecticides (contre les insectes), les fongicides (contre les champignons), les herbicides (contre les “mauvaises” herbes) et les parasiticides (contre les parasites)1.

Certains produits phytosanitaires naturels sont utilisés depuis l’Antiquité comme le soufre, le cuivre, le fluor ou encore la nicotine. Depuis les années 1940, de nombreux produits phytopharmaceutiques de synthèse sont fabriqués à partir de phosphore, de chlore ou encore de dérivés du benzène. Ce sont surtout ces produits qui sont sujets à controverse aujourd’hui.

On peut classer les produits phytosanitaires dans deux catégories : 

  1. Les produits biologiques qui sont présents dans la nature et se dégradent rapidement (sauf le cuivre)7.
  2. Les produits de synthèse qui sont composés de molécules développées grâce à la chimie. Ils ne sont pas ou que très lentement dégradés. Ils sont principalement regroupés dans les familles suivantes : les pesticides organochlorés, les organophosphorés et les néonicotinoïdes7.

L’utilisation en Suisse

Actuellement, leur autorisation sur le marché est réglementée par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) et chaque produit doit être homologué. En février 2021, le Conseil fédéral a décidé d’améliorer cette procédure en chargeant l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) de l’évaluation des risques de chaque produit. Dès le 1er janvier 2022, c’est l’Office fédéral de la santé et des affaires vétérinaires (OSAV) qui se chargera de cette homologation. L’OFAG continuera à évaluer les aspects agricoles (protection durable des cultures contre les maladies et les ravageurs). Chaque produit est réévalué régulièrement.

La Suisse utilise environ 2’200 tonnes de produits phytosanitaires par an. L’épandage est régulé par un seuil “d’intervention”, par exemple pour combattre les larves de doryphores (insecte de la famille des coléoptères), au moins 30% des plantes de pommes de terre doivent en être infestées. Le type de produit utilisé varie également selon le mode de production. En agriculture biologique, seule une préparation bactérienne naturelle peut être utilisée2.

À cela s’ajoute également d’autres règles à leur utilisation comme l’heure de la journée, la météo, le stade de la croissance d’un végétal (par exemple uniquement avant la floraison en raison des abeilles), les distances des eaux de surface ou un délai d’attente minimal avant la récolte2.

Bien que la Suisse se vante souvent d’être exemplaire en terme d’utilisation de pesticides, la quantité utilisée par hectare de terre cultivable est l’un des plus élevés d’Europe occidentale avec 4.44 kg/ha en 2018 (selon les chiffres de la FAO). Même si, selon “Agriculture durable”, 1/3 des produits sont d’origine naturelle et autorisés dans l’agriculture biologique2

C’est également ce que l’OFAG confirme dans son communiqué de presse du 04.02.2019 : “Les ventes des substances actives utilisables en agriculture biologique ont augmenté de 40 % depuis 2008, passant de 600 tonnes en 2008 à 840 tonnes en 2017. Cette augmentation est en partie expliquée par l’augmentation de la surface agricole consacrée à l’agriculture biologique ces dix dernières années (+33 %). Elle peut également s’expliquer par le recours plus fréquent à ces produits par le reste des agriculteurs en lieu et place des autres produits phytosanitaires.“. Avec une chute de 45% pour l’utilisation du glyphosate depuis 2008, bien qu’en 2019, ce sont encore presque 125 tonnes qui ont été utilisées.

Source : https://www.blw.admin.ch/blw/fr/home/nachhaltige-produktion/pflanzenschutz/pflanzenschutzmittel/verkaufsmengen-der-pflanzenschutzmittel-wirkstoffe.html

Des initiatives et des projets sont mis en place pour aller encore plus loin dans la limitation de ces derniers, notamment avec le Plan d’action national visant à la réduction des risques et à l’utilisation durable des produits phytosanitaires (PAN PPh) qui définit des objectifs clairs et une cinquantaine de mesures qui visent à réduire les risques posés par l’utilisation des produits phytosanitaires.

Bien que l’on nous peigne un tableau idyllique de la théorie, la pratique montre une autre réalité. La Suisse autorise toujours certains produits étant reconnus comme dangereux pour la santé humaine et l’environnement, notamment le fameux glyphosate composé du Roundup de Monsanto notamment. De plus, même des substances autorisées dans l’agriculture biologique ont des répercussions néfastes pour l’environnement sur le long terme comme le cuivre ou les OGM, bien qu’interdit en Suisse (voir plus bas).

Pourtant, pour obtenir une autorisation, les fabricants doivent prouver que les substances de leur produit se dégradent, c’est-à-dire qu’elles ne sont plus décelables dans un délai spécifié, et qu’elles ne portent pas atteinte à l’environnement2. La liste des produits phytosanitaires autorisés est disponible sur cette page de l’OFAG. Seulement, lors de leur homologation, on ne teste pas les “cocktails” (mélange de substances chimiques) ni les adjuvants dans les formulations. Or, ces derniers présents dans les herbicides à base de glyphosate par exemple peuvent être plus toxiques que le glyphosate lui-même7

Force des lobbies ou lenteur suisse, nous devons agir pour produire de façon durable et penser aux générations futures, avec une agriculture respectueuse de l’environnement et de la santé humaine. Cela passe également en arrêtant d’utiliser des produits phytosanitaires dans les zones vertes des villes et dans le domaine privé et en consommant des produits biologiques dans tous les domaines : alimentaires, cosmétiques ou autres. La volonté des agriculteurs à agir pour la santé de tous et de l’environnement ne suffira pas, si les choix de consommation de chacun ne sont pas également remis en cause. 

Les problèmes des produits phytosanitaires

L’économie avant la vie

Comme pour beaucoup d’enjeux mondiaux, on peut regretter que le principal problème soit économique. En effet, les produits phytosanitaires profitent aux sociétés qui les produisent. Bien évidemment, ces dernières réfutent tous les arguments anti-pesticides (voir ci-dessous), car la plupart des études pour prouver la non-dangerosité des produits sont réalisées par ces mêmes sociétés. Sans compter que la plupart des études ne prennent pas en compte le fameux “effet cocktail”. Le conflit d’intérêt est donc au cœur des débats.

Le problème de la vision économique est qu’elle n’est pas durable et qu’elle ne profite qu’aux actionnaires ou dirigeants des sociétés sans se soucier de l’environnement, des producteurs, des consommateurs et des générations futures.

Il est clair que si tout était bio, les prix diminueraient en raison d’une offre plus grande, cela ne profiterait également plus aux labels bio et grands distributeurs qui sont les grands gagnants dans la chaîne de distribution. A ce propos, on peut être choqué d’entendre que Bio Suisse recommande de voter NON à l’initiative “pour une eau potable propre” parce que “si tous les paysans produisent bio, les prix vont baisser” (extrait du magazine Bon à savoir No. 4 avril 2021).

Pourtant, il ne faut pas oublier que l’utilisation des pesticides a également un coût, selon une étude menée par INFRAS dont les résultats ont été publiés en avril 2014, ils estimaient, à l’époque, les coûts entre 50 et 100 millions de francs par an. “Les frais de réglementation représentent environ 20 millions de francs. L’évaluation des coûts de santé varie fortement selon l’approche méthodologique choisie et présente par conséquent les fourchettes les plus vastes, allant de 25 à 75 millions de francs ; c’est aussi le poste le plus important. Les dommages subis par les écosystèmes se montent à environ 10 millions de francs. Ces coûts représentent un résultat partiel: certaines atteintes aux écosystèmes manquent dans ce résultat parce qu’il n’existe pas encore une méthodologie établie pour les monétariser.

Le bio bon pour l’économie

Le bio pour tous permettrait d’avoir un réel commerce équitable, puisque tous les produits seraient naturellement égaux. Cela créerait également de l’emploi avec une demande et des besoins en hausse. Sur le long terme, les coûts de la santé diminueraient, car la population aurait accès une alimentation non-toxique et de meilleure qualité grâce à la régénération des sols. En effet, les coûts des ménages pourront être repartis dans d’autres secteurs comme les loisirs et/ou une partie pour l’alimentation ce qui contribuera à réduire respectivement le stress et les maladies de civilisation pour ne citer que ces avantages.

Les OGM une fausse bonne idée

Parmi les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM), on retrouve deux catégories, les OGM Bt (Bacillus thuringiensis, bactérie du sol) et les OGM TH (Tolérance aux Herbicides)5.

Les OGM Bacillus thuringiensis (Bt)

Dans le cas des OGM Bt, on pensait que les Plantes Génétiquement Modifiées (PGM), une plante dans laquelle on a inséré un ou des gènes d’une bactérie du sol (Bacillus thuringiensis), seraient la solution. Cela permettrait de lutter contre les parasites sans devoir utiliser de produits chimiques. De nombreuses plantes sont des PGM comme le maïs, le coton, le colza et le soja5.

La bactérie Bacillus thuringiensis sécrète naturellement des toxines qui attaquent spécifiquement certaines familles d’insectes (lépidoptères, notamment la pyrale du maïs ; coléoptères (scarabées) ; diptères (mouches)). Cette bactérie peut également être utilisée en agriculture biologique comme insecticide, en la pulvérisant sur les cultures5.

Autre problématique des PGM Bt, ces plantes génétiquement modifiées sont souvent semées non loin de plantation non-OGM, or avec la pollinisation des plantes OGM se retrouvent désormais dans des champs non-OGM.

Pourtant, on constate aujourd’hui que certains insectes (lépidoptères et coléoptères) deviennent résistants à cette bactérie et que le Bt produit par les plantes transgéniques se retrouve dans les cours d’eau. Dès lors, l’action nuisible de cette bactérie a un effet toxique sur la faune, la flore et les micro-organismes du sol, les insectes pollinisateurs et les prédateurs naturels des nuisibles5

Les OGM Tolérants aux Herbicides (TH)

Pour les OGM TH certaines plantes comme le soja ou le maïs ont été modifiées pour résister à certains herbicides, comme le fameux Roundup (OGM également appelé Roundup ready). Cette manipulation génétique rapporte gros à Monsanto qui produit l’herbicide (le brevet du Roundup est dans le domaine public depuis 2000) et vend les semences. Les ventes de Roundup représentent environ 40% du chiffre d’affaire de la société (1,3 milliards d’euros en 2012)6.

Avec ce genre d’OGM, la problématique est directement liée aux pesticides, car le but n’est pas de s’en passer, mais que les semences y résistent. Le problème est que les substances des pesticides se retrouvent dans les plantes. Une étude menée par Gilles Eric Séralini a démontré que le Roundup “provoque des déficiences hépato-rénales sévères et des effets liés à la perturbation du système hormonal comme des tumeurs mammaires à des niveaux environnementaux faibles (0,1 ppb) ; et des effets comparables ont pu être observés lors de la consommation chronique d’un régime équilibré à base de maïs OGM rendu tolérant au Roundup (NK603)”6

En plus des dangers pour le consommateur, les OGM TH sont un désastre pour l’environnement et la faune, puisque le sol absorbe les pesticides, on retrouve des résidus dans les légumes, mais également dans les eaux. Et le problème ne fait qu’empirer, car, comme pour les OGM Bt avec les insectes ravageurs, certaines “mauvaises herbes” développent une résistance à l’herbicide, ainsi la pulvérisation s’effectue désormais avant et après le semis alors qu’auparavant elle ne s’effectuait qu’avant6.

Pour l’environnement

Les problèmes des produits phytosanitaires pour l’environnement sont leur biodégradabilité qui dépend des propriétés chimiques du produit mais également certains facteur comme la lumière, la température, les précipitations ou encore le type de sol et de son écosystème. Sans cette biodégradabilité ils polluent les sols, les eaux de surfaces et souterraines, l’air (les substances peuvent s’évaporer et retomber avec les pluies) et perturbent l’équilibre écologique7,8. De plus, l’utilisation en continue des pesticides appauvri la fertilité et la biodiversité des sols. Cela désèche les sols et les empêchent d’absober le CO2 et également l’eau en cas de forte averse.

Des résidus se retrouvent dans la chaîne alimentaire, or ces résidus qui ne sont pas ou mal éliminé s’accumulent. Plus on monte dans la chaîne alimentaire, plus la concentration est élevée7.

De plus, les insecticides, les fongicides et les herbicides, ne tuent pas uniquement les organismes nuisibles, mais aussi ceux qui sont utiles comme les abeilles pour la pollinisation ou encore les poissons7

Sans compter, que l’on rencontre les mêmes problèmes de résistances qu’avec les OGM lorsque l’on utilise la même substance de manière répétée. Ainsi on se retrouve à produire des produits de plus en plus toxiques avec des cocktails de substances7,8.

Pour la santé

En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a réuni un groupe de travail de 17 experts indépendants de 11 pays pour examiner les preuves scientifiques publiées et évaluer la cancérogénicité de cinq insecticides et herbicides organophosphorés : diazinon, glyphosate, malathion, parathion et tétrachlorvinphos. Le glyphosate y a notamment été classé comme “probablement cancérogène pour l’homme” (Groupe 2a) comme le malathion et le diazinon. Le tétrachlorvinphos et le parathion ont quant à eux été classés comme “peut-être cancérogène pour l’homme” (Groupe 2b)3,4. Le glyphosate serait notamment incriminé dans le cas de la maladie cœliaque (allergie au gluten) et de la sensibilité au gluten9.

Le contact direct sur la peau (lors des pulvérisations) peut provoquer des troubles de la peau7.

La dangerosité des pesticides pour la santé humaine est connue depuis longtemps, le DDT un pesticide organochloré est interdit depuis 1972 en Suisse. Cette famille de pesticides sont neurotoxiques (maladie de Parkinson), cancérigènes (seins, prostate, glandes lymphatiques) et des perturbateurs endocriniens. Comme leurs molécules sont liposolubles (soluble dans les graisses), elles s’accumulent dans la chaîne alimentaire, notamment dans le lait maternel. Malheureusement, ces substances sont présentes sur tout le globe. Bien qu’elles soient interdites par la Convention de Stock­holm, les pays émergents utilisent toujours plus ces substances, qui nous reviennent sous forme de produits agricoles8.

Quant aux pesticides organophosphorés, ils sont également neurotoxiques en provoquant une diminution des performances neuropsychologiques, de vitesse psychomotrice, d’exécution d’activités, de vision spatiale, de mémoire visuelle et de travail8.

Finalement, les néonicotinoïdes sont la famille la plus délétère pour les abeilles et les écosystèmes, car leurs molécules se dégradent très lentement. En Suisse, trois des huit néonicotinoïdes ont été interdits en 2018. Pourtant, on retrouve chez l’humain des concentrations toujours plus élevées. Ces substances sont tératogènes, qui provoque des malformations sur l’embryon (anencéphalie, spina bifida, fentes labiales et palatines, tétralogie de Fallot), neurotoxiques (amnésie, tremblements, céphalée, autisme), génotoxi­ques (exposition à des cancers), reprotoxiques (stérilité masculine et féminine, mortinatalité, naissan­ces prématurées)8.

Tous les pesticides de synthèse sont des perturbateurs endocriniens (produits chimiques qui perturbe l’action hormonale). On retrouve également certaines autres substances chimiques tels que le bisphénol A, les phtalates et les biphényles polychlorés (PCB). Les perturbateurs endocriniens engendrent des changements physiologiques chez l’embryon qui sont la cause de maladies non-infectieuses comme l’obésité, le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires. Ils provoquent également des troubles des organes reproducteurs (masculinisation; puberté précoce; irrégularités du cycle; stérilité; endométriose; naissances prématurées; carcinomes du sein, de l’utérus et des ovaires chez les femmes; cryptorchidie (testicules mal descendus); hypospadias (ouverture de l’urètre ne se trouvant pas à l’extrémité du pénis); cancer de la prostate; stérilité chez les hommes), des dysfonctionnements thyroïdiens, des déficits cognitifs chez les deux sexes. Dans l’Union européenne, les perturbateurs endocriniens coûteraient 1,5 milliards d’euros par an au secteur public8.

Bien que des normes maximales soient fixées, cela n’est pas suffisant pour inverser le déclin de l’écosystème et les interactions néfastes de ces substances dans l’organisme sans compter des dangers représenter par l’apport de plusieurs substances.

Alternatives et solutions

Aujourd’hui, le principal argument en faveur des pesticides est la rentabilité. Cet objectif est voué à l’échec, car il est nécessaire d’utiliser de plus en plus de pesticides pour garantir un même niveau de rentabilité que l’année précédente. Cette utilisation en hausse des pesticides affaibli les sols qui deviennent de moins en moins fertiles. De plus, en Suisse, l’espace agricole diminue d’année en année. On estime qu’entre 1985 et 2009 la terre cultivable a diminué de 1.1m2 chaque seconde.

Nous devons agir maintenant, avant l’effondrement de notre écosystème dont nous faisons partie. Voici quelques pistes qui ont déjà fait leur preuve pour une agriculture durable et respectueuse de l’environnement.

Permaculture

La permaculture est une méthode d’agriculture inspirée du fonctionnement de la nature. Elle cherche à concevoir des installations à taille humaine, harmonieuses, durables, résilientes, économes en travail comme en énergie, à l’instar des écosystèmes naturels. Elle repose sur trois principes éthiques : prendre soin de la Terre, prendre soin des Hommes, partager équitablement les ressources.

Cette méthode de travail privilégie la fertilité en évitant tous les produits chimiques ainsi que les machines qui écrasant et labourant le sol empêche la biodiversité des micro-organismes qui nourrissent le sol. Les plantes se protègent des nuisibles les unes des autres et la diversité permet de réduire le risque de perte engendré par une récolte d’une variété moins bonne.

Comme la permaculture n’utilise pas de produits chimiques ni d’outils mécaniques, cela permet de réduire considérablement les coûts de production. En contre partie, elle offre des emplois pour le travail manuel qui remplace les machines. La proximité des plantes permet d’obtenir une meilleure rentabilité (plus de plantes sur un plus petit espace). Les récoltes sont de saison (qualité des produits), plus fréquentes et plus variées. Finalement, la vente des aliments en circuit court, permet d’établir un prix juste pour le producteur comme le consommateur. Ce système est économiquement viable en plus de protéger la nature et l’être humain. 

La ferme du Bec Hellouin en Normandie est un exemple. Cette ferme sert également d’étude à l’INRA qui évalue régulièrement la performance économique de la permaculture.

Les organismes auxiliaires

Certaines solutions existent pour lutter contre les ravageurs sous les serres, qui sont un environnement chaud et humide propices au développement des ravageurs :

  • Les prédateurs : il s’agit d’insectes qui tuent les nuisibles en les mangeant, comme la punaise prédatrice qui peut se nourrir de mouches blanches, d’acariens tétranyques, de la teigne de la tomate ou de pucerons;
  • Les parasitoïdes : se sont des insectes qui se développent à l’intérieur ou à la surface du ravageur (hôte) dont ils vont provoquer la mort. Comme par exemple la micro-guêpe qui va déposer ses oeufs dans ceux de la punaise verte;
  • Les plantes pièges : elles agissent comme un leur. Elles servent à attirer les ravageurs pour les détourner des cultures principales. Ainsi on peut utiliser les orties vivaces entre les serres de fraises pour attirer les punaises liocoris;
  • Les plantes banques : ces plantes ne vont pas lutter directement contre les ravageurs, mais vont permettre d’introduire d’autres espéces inoffensives pour la culture, mais utile aux auxiliaires. Ces derniers se développent plus rapidement et auront atteint un niveau de population suffisant à l’arrivée des ravageurs. Par exemple, on utilise l’éleusine (millet d’Inde), sur laquelle se développent des pucerons du blé, parasités par la micro-guêpe Aphidius10

Le rôle du consommateur

Nous devons consommer ce qui est bon pour notre santé tout en effectuant un acte citoyen pour la planète et en encourageant les producteurs biologiques. Pour ce faire, il faut privilégier les achats locaux et de saison via les ventes directes ou dans les marchés.

Gaspillage alimentaire et consommation

Nourrir la planète n’est pas utopiste et cela même en bio. Mais il faut absolument revoir notre mode de consommation. En effet, de trop nombreux aliments sont refusés sur les étales des grands distributeurs, car ils n’ont pas le bon calibre ou la bonne forme. Favoriser les achats dans les marchés ou directement chez le producteur permet de limiter ce gaspillage. De plus, trop d’aliments sont jetés alors qu’ils sont encore consommables. Il existe des solutions comme l’application Too Good To Go qui permet d’acheter à des prix très avantageux les invendus auprès des commerçants locaux.

Enfin, sans parler des pesticides, il faut revoir notre consommation de viande à la baisse, car les 2/3 des terres agricoles dans le monde sont consacrés à l’élevage ou à la production alimentaire pour le bétail, selon la FAO. Si nous mangions moins de viande cela libérerait des espaces cultivables pour produire pour les hommes.

Approche politique

Finalement, il faut un appui politique qui doit encourager la reconversion au biologique, car on sait que cette dernière n’est pas facile les premières années. Sans un soutien financier, les producteurs hésiteront à faire le pas.

De plus, la politique des prix doit être contrôlée afin de favoriser un commerce équitable. Si l’on considérait le prix des dégâts environnementaux dans les produits de l’agriculture conventionnelle (augmentation des prix) et que les produits de l’agriculture biologique augmente (diminution des prix) cela permettrait également de réduire l’écart entre les produits biologiques et ceux issus de l’agriculture conventionnelle.

Pour aller plus loin dans les diverses alternatives, n’hésitez pas à vous informer, voici un exemple avec un documentaire diffusé sur Arte.

Conclusion

Comme dans beaucoup de situations, l’Homme semble avoir choisi la voie économique à court terme, en optant pour les produits phytosanitaires, mais ceux-ci se révèlent être un vrai désastre à long terme pour notre santé et notre environnement. 

Bien évidemment, ce ne sont pas les solutions qui manquent, certaines sont même plus rentables et garantissent un niveau de vie moins stressant également pour les agriculteurs. Toutefois, les lobbies sont puissants dans ce secteur. Seule une prise de conscience de la population pourra permettre une transition vers une agriculture respectueuse pour l’environnement et pour tous.

Tout le monde à un rôle à jouer, car nous faisons tous partie du même écosystème. À commencer par le consommateur. Nous devons consommer local et de saison pour éviter le gaspillage et garantir la meilleure qualité avec des aliments frais et cultivés à maturation pour apporter un maximum de nutriments à notre organisme. L’agriculteur doit mettre en place une agriculture biologique durable et respectueuse de l’environnement. Cela pour garantir la santé des consommateurs et de ses terres. Ce mode d’agriculture permet, à terme, d’augmenter la rentabilité ainsi que la diversité de ce qui est/peut être récolté. Les grossistes devront suivre la demande et donc s’approvisionner en produits biologiques, de saison et locaux. Les politiques devront encourager la reconversion au biologique et soutenir les producteurs durant cette période. Le prix de chaque aliment doit être équitable pour le producteur et le consommateur. Le cercle vertueux sera en place lorsque la population investira plus d’argent pour préserver sa santé qu’elle en dépensera pour la soigner.

Bien évidemment, si l’argent investit par les sociétés produisant des produits phytosanitaires servaient à financer la reconversion au bio des agriculteurs et la recherche contre les maladies plutôt que les favoriser, la terre et tous ses occupants s’en porterait mieux. Cependant, plutôt que de voir ce que les autres peuvent faire pour changer les choses, si nous faisions une introspection pour voir ce que JE peux changer dans mon quotidien.

À court terme, du travail pour tous et une contribution de chacun. À long terme, de la vie pour la planète et la santé pour les générations futures. Voilà les enjeux d’une agriculture durable.

Références :

  1. Futura Science par Nathalie Mayer, Produit Phytosanitaire, https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/agriculture-produit-phytosanitaire-17906/
  2. Agriculture durable, LA PROTECTION PHYTOSANITAIRE, février 2020, https://www.agriculture-durable.ch/themes/protection-phyto/
  3. IARC (International Agency for Research on Cancer), IARC Monograph on Glyphosate, mars 2015, https://www.iarc.who.int/featured-news/media-centre-iarc-news-glyphosate/
  4. Kathryn Z Guyton, Dana Loomis, Yann Grosse, Fatiha El Ghissassi, Lamia Benbrahim-Tallaa, Neela Guha, Chiara Scoccianti, Heidi Mattock, Kurt Straif, au nom du Groupe de Travail des Monographies du Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC), Lyon (France), Vol.112 : Cancérogénicité du tétrachlorvinphos, du parathion, du malathion, du diazinon et du glyphosate, https://www.cancer-environnement.fr/426-Vol112-Cancerogenicite-du-tetrachlorvinphos.ce.aspx
  5. Inf’OGM, Qu’est-ce qu’une plante Bt ?, juillet 2014, https://www.infogm.org/faq-OGM-definition-plante-Bt
  6. Inf’OGM, Qu’est-ce qu’une plante tolérant un herbicide (Roundup Ready ou autre) ?, août 2014, https://www.infogm.org/faq-qu-est-ce-que-une-plante-OGM-roundup-ready
  7. OFEV, Effets des produits phytosanitaires sur l’homme et l’environnement, octobre 2015, https://www.bafu.admin.ch/bafu/fr/home/themes/produits-chimiques/dossiers/produits-phytosanitaires/effets-des-produits-phytosanitaires-sur-l-homme-et-l-environneme.html
  8. Jérôme Tschudi, Les pesticides: quel impact sur la santé?, janvier 2021 (parution Bull Med Suisses. 2021;102(03):102-104), https://bullmed.ch/article/doi/bms.2021.19442
  9. Anthony Samsel and Stephanie Seneff, Glyphosate, pathways to modern diseases II: Celiac sprue and gluten intolerance, décembre 2013, https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3945755/
  10. Agroscope, Lutte biologique contre les insectes ravageurs des cultures sous serre, https://www.agroscope.admin.ch/agroscope/fr/home/themes/production-vegetale/protection-vegetaux/entomologie/lutte-biologique-entomologie.html
  11. Samuel Jaberg (swissinfo.ch), En matière de pesticides, la Suisse cultive le secret, juin 2019, https://www.swissinfo.ch/fre/sant%C3%A9-et-environnement_en-mati%C3%A8re-de-pesticides–la-suisse-aime-%C3%A0-cultiver-le-secret-/45054310